Aller au contenu

Le carnet

Données et méthode · · 4 min de lecture

Ce que coûte vraiment le fichier Excel du mois

Deux jours de travail par mois, ce n'est pas le vrai coût. Le vrai coût est ce qu'on renonce à demander parce que la réponse prendrait trop de temps.

Toutes les PME que nous rencontrons ont le même fichier. Il porte un nom du genre Suivi_financier_2026_v4_FINAL.xlsx, il vit sur un poste ou dans un dossier partagé, et une personne sait le faire tourner.

Ce fichier n’est pas un problème parce qu’il est en Excel. Excel est un excellent outil. Il est un problème pour trois raisons qui n’ont rien à voir avec le tableur.

Un : il se reconstruit, il ne se met pas à jour

Chaque mois, quelqu’un exporte la balance de vérification, la recolle, ajuste les formules parce qu’un compte a été ajouté, reprend le budget, met à jour la dette, recalcule les amortissements.

Ce n’est pas de la mise à jour, c’est de la reconstruction. Et une reconstruction manuelle a un taux d’erreur qui ne descend jamais à zéro, quelle que soit la compétence de la personne. La question n’est pas de savoir si une erreur s’y glisse, mais quand, et si quelqu’un la verra.

Deux : personne ne peut refaire le fichier du mois dernier

Essayez, pour voir. Prenez le fichier de mars et demandez qu’on régénère exactement le même à partir des données d’aujourd’hui.

Ce sera impossible, pour une bonne raison : les données ont bougé depuis. Des écritures ont été passées dans mars après coup, des comptes ont été reclassés, des hypothèses ont changé. Le fichier de mars est une photographie dont on a perdu le négatif.

Ça paraît théorique jusqu’au jour où un banquier vous demande d’expliquer un écart entre deux versions du même mois. Là, ça devient très concret.

Trois : le coût invisible, celui qui compte

Deux jours par mois, disons trente heures par trimestre. C’est mesurable et ce n’est pas ce qui coûte le plus cher.

Le vrai coût est ailleurs : ce sont les questions qu’on ne pose pas parce qu’on sait que la réponse demanderait de refaire le fichier.

  • « Qu’est-ce que ça donne si le chantier Beaubien glisse d’un mois ? »
  • « Est-ce que la marge du secteur résidentiel a bougé depuis janvier ? »
  • « Si j’embauche deux personnes en février, où passe mon creux ? »

Chacune de ces questions vaut plus que le rapport mensuel lui-même. Aucune n’est posée, parce que le coût de la réponse est disproportionné. On décide donc à l’intuition, en se disant qu’on vérifiera plus tard.

Ce qui change quand la production est automatisée

Le gain de temps est réel mais secondaire. Ce qui change vraiment :

Le fichier redevient une question, pas une corvée. Quand produire un scénario coûte quelques minutes au lieu d’une journée, on en produit trois.

L’historique devient exploitable. Un modèle qui garde ses données mois après mois apprend le comportement réel de vos flux. Un fichier reconstruit chaque fois repart de zéro.

La personne qui faisait le fichier fait autre chose. C’est souvent la personne la plus qualifiée de l’équipe administrative, et elle passait deux jours par mois à faire du copier-coller.

Le fichier ne disparaît pas complètement

Soyons honnêtes : Excel reste le meilleur outil pour explorer une hypothèse particulière, et il le restera. Ce qui doit disparaître, c’est la reconstruction mensuelle du même rapport, pas le tableur lui-même.

La bonne cible n’est pas « plus jamais Excel ». C’est « Excel pour réfléchir, plus jamais Excel pour reproduire ».